18 novembre 2007
Dis, c'est quoi la télé ?
Hop. Il est paru. Le Dictionnaire de la télévision française, ouvrage collectif auquel j'ai collaboré, vient juste de sortir la tête (sous une couverture de Cabu). La télévision est une énigme. Reflet des cultures populaires de son temps, elle peut agacer, révolter même, et puis le temps passe et tout prend une même patine : celle du temps passé, justement. Qui dira qu'Intervilles était la meilleure émission au monde ? Certains, à l'époque de sa diffusion, hurlaient même contre cet exemple de culture vulgaire et écervelante. Et puis, si l'on regarde maintenant l'émission, eh bien elle n'est pas sans charme. Légère. Zitrone est excellent et se pastiche lui-même. Lux a une belle énergie...
C'est toute la difficulté de la culture populaire : il est extrêmement difficile de savoir reconnaître la bonne de la mauvaise, à l'époque où on la consomme. Et même si elle est incontestablement mauvaise, elle demeure rattachée à son temps, représentative d'une époque - et par là empreinte de nostalgie.
Notre Dictionnaire ne s'arrête pas à ces réflexions, qui me sont personnelles. En revanche, il arpente avec gaieté les allées de la télévision française depuis ses débuts, insistant sur les aventures des débuts, la créativité bouillonnante des années 60, 70 et 80 (notamment en matière de feuilletons), les gros chiffres et les petites histoires personnelles. J'y ai personnellement commis une dizaine d'articles - en y mettant, vous me connaissez, mon petit grain de sel BD, dont un Chevaliers du ciel qui ravira peut-être les fans de Tanguy et Laverdure et un Zitrone qui n'oublie pas à quel point Léon fut aussi un héros de bande dessinée !
Vous pouvez éteindre votre récepteur !
11 novembre 2007
Xolotl et les livres verts
Ah, la bibliothèque verte ! Combien d'entre nous ont appris à lire (à écrire ?) grâce aux ouvrages publiés dans cette collection des éditions Hachette ? Pourtant, nous sommes souvent oublieux des origines - de ces origines - de notre culture personnelle. Le très bel ouvrage de Armelle Leroy et Laurent Chollet, Le club des cinq, Fantômette, Oui-Oui et les autres... (éditions Hors collection) vient à point nommé pour nous rafraîchir la mémoire.
J'en ai fait l'expérience. Parcourant les pages de l'ouvrage, je me souvenais bien de Fantômette, du Club des cinq, etc. Soudain je tombe sur la page consacrée aux Conquérants de l'impossible. Mmmh ? Qu'est-ce à dire ? Je lis et... le rideau de la mémoire se déchire ! Bien sûr, je lisais cela petit et, maintenant que vous le dites, il semble bien que ce soit là l'origine de ma passion adulte pour la littérature de science-fiction (dont je suis un carnassier) !! Cette série, écrite par Philippe Ebly, a démarré au tout début des années 70 avec Destination Uruapan, ouvrage d'ambiance aventureuse, avant que les tomes suivants n'adoptent une veine dans la pure tradition de l'anticipation. M'avait frappé à l'époque le personnage de Xolotl, indien de la Sierra madre adopté par le père d'un de ses copains. Une petite bande de gamins (Xolotl, Serge, Thibaut) parcourait les siècles et les espaces avec fougue et noblesse. Pourquoi cette fascination pour Xolotl ? Parce qu'il était adopté, je crois, et issu d'une culture différente, bien que parfaitement intégré à la petite bande de Français. Je parlais des origines enfantines des passions esthétiques, je pense qu'il faudrait ajouter - au chapitre des bienfaits de la bibliothèque verte - les bases d'un certain humanisme anti-raciste, apprises très tôt dans ces pages.
(Ci-dessus : maginfiques couvertures de la série signées Yvon Le Gall, un portrait de Philippe Ebly et un dessin de Xolotl).
On apprend (ou se remémore) d'autres informations épatantes dans le bouquin de Leroy et Chollet. Les romans consacrés au sport, par exemple, qui faisaient le pendant avec les BD en Petits Formats paraissant dans les mêmes années (Swing, etc.), lesquelles faisaient la part belle aux histoires sportives. Il est dommage que ce domaine ait été laissé en déshérence, surtout dans la bande dessinée contemporaine : la place laissée libre est aujourd'hui occupée par les mangas (et même les mangas de foot, ce qui est un comble !).
Et puisqu'on parle manga, l'ouvrage est aussi l'occasion de se souvenir que la bibliothèque verte (et rose) ont été des vecteurs de diffusion de la culture manga dès la fin des années 70, avec des novélisations des dessins animés qui nous arrivaient à l'époque, Goldorak ou Candy.
Nous sommes tous les Xolotl de notre culture enfantine !
PS : je précise que Le club des cinq, Fantômette, Oui-Oui et les autres..., cet ouvrage de Leroy et Chollet, est paru en 2005. Ce n'est donc pas une sortie récente, mais je l'ai découvert, moi, récemment ! Comment ça, je ne respecte pas l'actualité !??!
01 novembre 2007
Bienvenue dans un monde... rural !
Les fils de la terre (de Jinpachi Môri et Hideaki Hataji) est un manga qui tombe bien ! Sorti chez Delcourt en plein milieu du processus du Grenelle de l'environnement, il repeint les couleurs du seinen en vert pomme. Shuntaro Natsume est un jeune fonctionnaire au ministère de l'éducation lorsque le premier ministre en personne lui confie une mission à haut risque. Considérant comme déplorable que le Japon ne soit plus autosuffisant sur le plan alimentaire (la plupart des produits frais sont désormais importés), le chef du gouvernement lui demande de relever drastiquement le nombre d'étudiants en lycée agricole pour l'année en cours. Il faut (re)créer les vocations dans l'industrieux Japon ! Shuntaro s'attèle à la tâche avec enthousiasme dans le village de Takazono. Evidemment, ce n'est pas si simple, à commencer par la piètre opinion d'eux-mêmes qu'ont les apprentis agriculteurs, persuadés d'être en lycée professionnel parce que victimes de l'échec scolaire...
Exode rural, pesticides, production bio : tous les grands sujets de l'agriculture moderne sont abordés, avec compétence et clarté. Où l'on constate que les paysans nippons ont les mêmes soucis que nos travailleurs du Larzac ou d'ailleurs. PAC ou pas PAC, l'agriculture industrielle a produit ses ravages au Japon comme chez nous. Sur le plan esthétique, il est intéressant de comparer Les fils de la terre avec un autre bel album sur le sujet, mais français celui-là : Rural !, d'Etienne Davodeau (également paru chez Delcourt, prix du meilleur scénario à Angoulême 2002). Rural ! prenait le parti de mener une enquête quasi-journalistique parmi les exploitants d'une ferme bio.
Dans leurs différences d'approche, on peut mesurer l'écart entre le manga et la BD franco-belge. Les fils de la terre est très rentre-dedans : le héros considère comme un défi personnel d'augmenter le nombre d'étudiants agricoles; ce défi lancé à soi-même permet de structurer le récit au moyen d'une tension narrative très efficace (c'est un vieux truc du manga : le côté "concours-combat-défi-j'y arriverai dussé-je en mourir " !). Rural ! en revanche est moins frontal et, si l'émotion est loin d'en être absente, met plutôt l'accent sur l'approche pédagogique, la volonté de montrer et d'informer. Les fils de la terre est efficace et immédiat, mais court le risque d'une pensée parfois un peu schématique. Rural ! est un remarquable reportage, mais plaît à moins de lecteurs. Les deux forment les deux faces de ce que la BD a de plus intéressant à proposer aujourd'hui.











