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Kazuo Kamimura commence à être connu sous nos latitudes, et c'est un nouveau trésor japonais qui nous tombe tout cuit dans le bec ! Après Lady Snowblood il y a deux ans, Kana a la bonne idée d'éditer le magnifique Lorsque nous vivions ensemble, en trois tomes. On retrouve ici l'impeccable metteur en scène qu'était Kamimura, très inspiré des audaces stylistiques de son époque (les années 60-70), notamment cinématographiques, pour proposer des planches inventives. On trouve aussi dans son travail un écho de celui de Crepax, dont Taniguchi, qui signe la préface du second tome, nous révèle que Kamimura l'admirait. Le rythme narratif est très soutenu, mêlant pleines pages ou découpage très sec, planches bâties de façon architecturale ou privilégiant la souplesse, cadrages audacieux (par exemple cette scène de colère entre deux amants où aucun des deux corps n'est dessiné entièrement, seulement de trois quarts dos) : Lorsque nous vivions ensemble est un festival de virtuosité graphique et narrative.

Et le fond ? Une analyse parfaitement sincère et réaliste, presque naturaliste parfois (Kamimura lisait-il aussi Zola ?), de la vie d'un couple non marié dans le Japon, encore coincé sur le plan des moeurs, du début des années 70. Ici, nulle miévrerie. Si les pages romantiques et poétiques sont nombreuses, et très belles, Kamimura s'attache surtout à une analyse fouillée de ce couple, qui s'aime et pourtant ne sait pas s'aimer. Question de l'avortement, poids des parents dans la relation de couple, tentation de l'infidélité, blues et flirts avec la folie... Kamimura va très loin, sans se voiler la face, avec une impeccable maturité.

Regrets éternels que ce superbe créateur soit mort si jeune, à 46 ans.

Brûlé par un trop-plein d'amour ?