Mezzo 1

A quoi reconnait-on une pièce-maitresse ? Au simple fait qu'elle DURE. Loin des hystéries transitoires qui font d'un livre (ou d'un film, etc.) LE "chef-d'oeuvre-éternel-de-la-folie-qui-tue-qu'on-n'a-jamais-vu-ça", et que tout le monde a oublié en quelques mois, ou beaucoup moins, la pièce-maitresse s'impose dans le temps. Survit. On la retrouve sur les rayonnages, dans les conversations, dans ses propres souvenirs. Un exemple : Love in vain, la biographie en noir et blanc d'une icone du Blues : Robert Johnson. Lu lors de sa sortie, relu hier, et toujours autant à glaner, à rêver. Pourquoi la pièce-maitresse dure-t-elle ? Parce qu'elle est dense. Qu'elle charrie suffisamment de sens et d'émotions pour s'imprimer dans nos coeurs. Et aussi parce qu'elle est mise en scène. C'est frappant chez Mezzo et Dupont. Il n'y a qu'à parcourir les premières planches, où le vrai-faux père de R. Johnson, ainsi que le musicien lui-même, sont représentés ENTOURES, cernés de figures, de plantes, d'herbes longues, d'objets : leur vie est à peine respirable. Ils sont d'ores et déjà piégés, enfermés - dans l'esclavage des champs de coton, dans la machine infermale (poue les Noirs) de la société WASP du début du 20ème siècle. 

Mezzo 2

C'est aussi un sens du détail qui fait mouche. Et ne se remarque qu'à la lecture attentive. Ainsi, page 42, on remarque dans le ciel de Chicago un ... Zeppelin baptisé... Led Zeppelin ! Hommage humorsitique des auteurs à l'un des grands groupes anglais élevés au lait du Blues du delta. 

On regrette à la (re)lecture de l'ouvrage que les magnifiques dessins improvisés par Mezzo lors de concerts dessinés au festival d'Angoulême 2015 n'ait pas été inclus aux dernières éditions de l'album. Il y a dans cet univers dont la bichromie est un véritable chant d'amour à la peau noire, encore tellement de profondeur, qu'on aimerait être certain d'etre allé jusqu'au fond du puits, qu'il n'y a pas de vastes avenues, des rues incroyables, encore inexplorées.

C'est déjà beaucoup puisé, cependant.